RAPPORT
mai 2024
Inégalité Foncière
Quels sont les facteurs à l'origine des pressions inédites sur les terres agricoles dans le monde et comment en assurer un accès équitable ?
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La crise financière de 2008 a déclenché une immense vague d’accaparement des terres. Depuis, les pressions exercées sur les terres agricoles subsistent. 15 ans plus tard, les prix des terres ont doublé à l'échelle mondiale et les agriculteur·rice·s subissent des pressions de toutes parts.
De vastes étendues de terres agricoles sont aujourd'hui accaparées à des fins de compensation carbone et d'autres formes d'"accaparement vert", ce qui vient s'ajouter aux pressions exercées par l'accaparement conventionnel des terres. Les inégalités foncières sont en augmentation dans toutes les régions du monde. Les agriculteurs et les communautés qui assurent la sécurité alimentaire et gèrent les terres sont chassés.
Ce rapport identifie des actions transformatrices nécessaires pour addresser l'inégalité foncière et garantir un véritable accès équitable à la terre. Il s'agit notamment d’inscrire les actions communautaires au cœur des politiques sur le climat et la biodiversité, de sévir les compensations carbone douteuses et la spéculation foncière, de restituer les terres aux agriculteur·rice·s grâce à des modèles de financement et de propriété innovants, ainsi que d’instaurer un nouveau contrat social pour les agriculteur·rice·s et les zones rurales, et une nouvelle génération de réformes foncières et agraires.

Susan Chomba, expert.e à IPES-Food
La terre n'est pas seulement le sol sous nos pieds, mais bien le fondement de nos systèmes alimentaires qui nous permettent de vivre. Pourtant, nous assistons à une flambée des prix des terres agricoles et à un accaparement qui accélère les inégalités foncières et menace la production alimentaire.
La ruée vers des projets carbone douteux, des programmes de reforestation, des carburants propres et des achats spéculatifs entraîne le déplacement des petits exploitants agricoles et des populations autochtones. En Afrique, des gouvernements puissants, des entreprises de combustibles fossiles polluants et de grands groupes de protection de l'environnement se frayent un chemin sur nos terres sous prétexte d'objectifs écologiques. Ils menacent de façons directe les communautés qui subissent de plein fouet les effets du changement climatique.
Susan Chomba, expert.e à IPES-Food

Nettie Wiebe, expert.e à IPES-Food
Imaginez que vous essayez de créer une exploitation agricole alors que 70% de terres agricoles sont déjà contrôlées par seulement 1% des plus grandes exploitations - et que le prix des terres a augmenté pendant 20 années consécutives, comme c'est le cas en Amérique du Nord. Telle est la dure réalité à laquelle les jeunes agricultrices et agriculteurs sont confrontés aujourd'hui. Les terres agricoles sont de plus en plus souvent détenues non pas par des agricultrices ou agriculteurs, mais par des spéculateurs, des fonds de pension et de grandes entreprises agroalimentaires désireux d'engranger des bénéfices. Le prix des terres a tellement augmenté qu'il devient impossible de vivre de l'agriculture. Cette situation atteint un point critique : les petites et moyennes exploitations agricoles sont tout simplement évincées.
Nettie Wiebe, expert.e à IPES-Food

Sofía Monsalve Suárez, expert.e à IPES-Food
Il est temps que les décideurs cessent de fuir leurs responsabilités et commencent à s'attaquer au déclin rural. La financiarisation et la libéralisation des marchés fonciers ruinent les moyens de subsistance et menacent le droit à l'alimentation. Au lieu d'ouvrir les portes aux capitaux spéculatifs, les gouvernements doivent prendre des mesures concrètes pour mettre fin aux faux "accaparements verts" et investir dans le développement rural, l'agriculture durable et la conservation menée par les communautés. En définitive, nous devons procéder à de sérieux changements pour démocratiser la propriété foncière si nous voulons assurer un avenir durable à la nature, à la production alimentaire et aux communautés rurales.
Sofía Monsalve Suárez, expert.e à IPES-Food


